Versos French Paul Verlaine Notre union plutôt véhémente

French poem

Notre union plutôt véhémente

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Notre union plutôt véhémente et brutale Recèle une douceur que nulle autre n’étale, Nos caractères détestables à l’envi Sont un champ de bataille où tout choc est suivi D’une trêve d’autant meilleure que plus brève. Le lourd songe oppressif s’y dissout en un rêve Élastique et rafraîchissant à l’infini. Je croirais pour ma part qu’un ange m’a béni Que des Cieux indulgents chargeraient de ma joie, En ces moments de calme où ses ailes de soie Abritent la caresse enfin que je te dois. Et toi, n’est-ce pas, tu sens de même ; ta voix Me le dit, et ton œil me le montre, ou si j’erre Plaisamment ? Et la vie alors m’est si légère Que j’en oublie, avec les choses de tantôt. Tout l’ancien passé, son naufrage et son flot Battant la grève encore et la couvrant d’épaves. Et toi, n’est-ce pas, tu sens de même ces graves Moments de nonchaloirs voluptueux, où c’est Qu’un mensonge plus vrai que du vrai me berçait ? Comme un air de pardon flotte comme un arôme Sur le cœur affranchi du poids de tel fantôme, Et ô l’incube et le succube du présent, C’est toi, c’est moi dans le bon spasme renaissant Après les froids contacts de deux âmes froissées. Vite, vite, accourez, nos plus tendres pensées, Nos maux les plus naïfs, nos mieux luisants regards. Plus de manières ni de tics, plus d’airs hagards. Que d’armistice en armistice, une paix franche Éternise ce nid d’oiseaux bleus sur la branche.