Versos French Paul Verlaine On finit par s’habituer

French poem

On finit par s’habituer

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On finit par s’habituer À la trahison de la femme : La vie est faite de la trame Qu’elle tisse pour nous tuer.

Après un temps d’apprentissage On ne saurait plus s’en passer ; D’abord on s’escrime à ruser, Puis c’est la fatigue, — et l’usage.

La colère cède à l’ennui Qui fait bientôt place à la presque Indifférence moins grotesque Que tel transport qui nous a nui.

Puis la confiance charmante Revient, avec le correctif D’à son tour se rendre fautif Et de tromper aussi l’amante

Qui vous pardonne s’il lui plaît. Mais tout cela c’est pitoyable ! Il n’y a guère que le diable Pour profiter d’un jeu si laid.

Bah ! mieux vaudrait sans tant d’embage Se fermer, sans plus biaiser, Les yeux d’un mutuel baiser. Car le plus fin c’est le plus sage.

Ou plutôt vieux comme je suis Ou comme je commence à l’être, Il me siérait moins, tant c’est depuis ! D’évoquer les anciens déduits Que de penser au grand Peut-être.

La mort qui n’est pas loin de moi, Moins loin que tant de cœurs en fuite, Elle est fidèle, elle a ma foi, J’ai la sienne. Oh ! mourir plus vite

Que de cette vie au souci Perpétuel, sale besogne, Noire bourrelle sans merci Qui vous flatte et vous trompe aussi. — Vite au charnier, vieille charogne !

D’autant plus vite que la souffrance Peut-être a suffi pour expier Tels torts menus que t’ont fait payer La Femme, — et tout ! pour plus d’assurance.

Et l’on verrait, lors, l’ancien pêcheur Conformément aux seules Promesses Se reposer ès saintes liesses De tant de mollesse et de langueur.