French poem
Remis de ses émotions
Remis de ses émotions, N’ayant gardé des passions
Que de la force et de la ruse, Le poète à présent s’amuse...
Il jouira du beau, du bien, S’enquêtant de tout et de rien...
Pourvu que tout soit quelque chose Et que rien au bout ne s’oppose,
Au but qu’il poursuivait jadis Avec des élans d’Amadis,
Vers quoi désormais il chemine, Bon chanoine en de chaude hermine,
Chanoine du Parnasse, un peu Sceptique envers l’un peu vieux dieu,
Ce but qui serait d’enfin vivre Sinon encor tout à fait ivre
Comme autrefois, du moins repu Point trop, grands dieux ! mais ayant bu
De l’eau qu’il faut à la « Fontaine Poétique », pour la lointaine
Ou prochaine mort qu’il faudrait Être consolée en secret.
Oui, voir, entendre avec assez De sang frais et du bon sens plein, Ne plus souffrir, câlin, malin. Félin, que des chagrins passés.
Se méfier de tout souci Sauf de tel que l’Église enjoint, Mettre sa conscience au point Pour écrire ce livre-ci.
Il faut toujours être meilleur Que l’homme que l’on voudrait être Et qu’on souhaite de paraître, Dans l’enthousiasme et dans l’heur
De la vertu sans cesse accrue, Tandis qu’en bas la vanité D’une trop vraie humanité Se sent par degrés disparue…
Certainement, le Sage doit Aimer en outre, même hostile, Même affreuse, même inutile, La destinée où Dieu le voit
Se perfectionner sans cesse Par l’effort désintéressé D’un cœur enfin débarrassé De toute l’ancienne bassesse
Mais dans l’enthousiasme et l’heur D’être meilleur encore que d’être Celui qu’on veut être et paraître, Il faut toujours être meilleur.
Les extrêmes opinions Qu’hier encor nous pratiquâmes Et qu'aujourd’hui nous renions
Sont pourtant de nos pauvres âmes La vie et peut-être l’honneur, La vie en fleur, l’honneur en flammes.
Le siècle et son train suborneur Nous corrompent si vite ensuite Qu’on n’en sait rien, par un bonheur.
On se blase, l’on se croit quitte De tous devoirs et de tous droits. C’est affreux d’oublier si vite
Ce que tu veux, ce que tu crois ; Pour quelle triste insouciance ! Ah ! Dieu, plutôt sous Votre croix,
Satan, plutôt, par la science, Les grandes erreurs de jadis Ou l’ignorante confiance
Quand j’aspirais au Paradis. J’étais naguère catholique Et je le serais bien encor… Mais ce doute mélancolique !
Républicain fut le décor Où mon esprit joua son rôle, Mais cette flèche en plein essor !
J’essayai de tout, et c’est drôle Comme cela lasse, à la fin, De changer son fusil d’épaule
Sans cible humaine ou but divin ! Bah, résume ta vie Dans l’art calme et dans l’heur Du Bien qui te ravit Et du Beau qui ne leurre.