French poem
« Quand je pouvais me plaindre en l’amoureux tourment »
by Philippe Desportes (1546–1606)
Quand je pouvois me plaindre en l’amoureux tourment, Donnant air à la flamme en ma poitrine enclose, Je vivois trop heureux : las ! maintenant je n’ose Alleger ma douleur d’un soupir seulement.
C’est me poursuivre, Amour, trop rigoureusement : J’aime, & je suis contraint de feindre une autre chose Au fort de mes travaux je dy que je repose, Et monstre en mes ennuis un vray contentement.
Ô dure cruauté de ma passion forte ! Mais je me plains à tort du mal que je supporte Veu qu’un si beau desir fait naistre mes douleurs :
Puis j’ay ce reconfort en mon cruel martyre, Que j’escry toute nuict ce que je n’ose dire, Et quand l’encre me faut je me sers de mes pleurs.