French poem
À Monseigneur Monseigneur l’éminentissime cardinal Mazarin
Non, tu n’es point ingrate, ô maîtresse du monde, Qui de ce grand pouvoir sur la terre et sur l’onde, Malgré l’effort des temps, retiens sur nos autels Le souverain empire et des droits immortels. Si de tes vieux héros j’anime la mémoire, Tu relèves mon nom sur l’aile de leur gloire ; Et ton noble génie, en mes vers mal tracé, Par ton nouveau héros m’en a récompensé. C’est toi, grand cardinal, âme au-dessus de l’homme, Rare don qu’à la France ont fait le ciel et Rome, C’est toi, dis-je, ô héros, ô cœur vraiment romain, Dont Rome en ma faveur vient d’emprunter la main. Mon bonheur n’a point eu de douteuse apparence : Tes dons ont devancé même mon espérance ; Et ton cœur généreux m’a surpris d’un bienfait Qui ne m’a pas coûté seulement un souhait. La grâce en affoiblit quand il faut qu’on l’attende : Tel pense l’acheter alors qu’il la demande ; Et c’est je ne sais quoi d’abaissement secret Où quiconque a du cœur ne consent qu’à regret. C’est un terme honteux que celui de prière : Tu me l’as épargné, tu m’as fait grâce entière. Ainsi l’honneur se mêle au bien que je reçois. Qui donne comme toi donne plus d’une fois. Son don marque une estime et plus pure et plus pleine, Il attache les cœurs d’une plus forte chaîne : Et prenant nouveau prix de la main qui le fait, Sa façon de bien faire est un second bienfait. Ainsi le grand Auguste autrefois dans ta ville Aimoit à prévenir l’attente de Virgile : Lui que j’ai fait revivre, et qui revit en toi, En usoit envers lui comme tu fais vers moi. Certes, dans la chaleur que le ciel nous inspire, Nos vers disent souvent plus qu’ils ne pensent dire ; Et ce feu qui sans nous pousse les plus heureux Ne nous explique pas tout ce qu’il fait par eux. Quand j’ai peint un Horace, un Auguste, un Pompée, Assez heureusement ma muse s’est trompée, Puisque, sans le savoir, avecque leur portrait Elle tiroit du tien un admirable trait. Leurs plus hautes vertus qu’étale mon ouvrage N’y font que prendre un rang pour former ton image. Quand j’aurai peint encor tous ces vieux conquérants, Les Scipions vainqueurs, et les Catons mourants, Les Pauls, les Fabiens, alors de tous ensemble On en verra sortir un tout qui te ressemble ; Et l’on rassemblera de leur pompeux débris Ton âme et ton courage, épars dans mes écrits. Souffre donc que pour guide au travail qui me reste J’ajoute ton exemple à cette ardeur céleste, Et que de tes vertus le portrait sans égal S’achève de ma main sur son original ; Que j’étudie en toi ces sentiments illustres Qu’a conservés ton sang à travers tant de lustres, Et que le ciel propice et les destins amis De tes fameux Romains en ton âme ont transmis. Alors de tes couleurs peignant leurs aventures, J’en porterai si haut les brillantes peintures. Que ta Rome elle-même, admirant mes travaux, N’en reconnoîtra plus les vieux originaux, Et se plaindra de moi de voir sur eux gravées Les vertus qu’à toi seul elle avoit réservées, Cependant qu’à l’éclat de tes propres clartés Tu te reconnoîtras sous des noms empruntés. Mais ne te lasse point d’illuminer mon âme, Ni de prêter ta vie à conduire ma flamme ; Et de ces grands soucis que tu prends pour mon roi, Daigne encor quelquefois descendre jusqu’à moi. Délasse en mes écrits ta noble inquiétude ; Et tandis que sur elle appliquant mon étude, J’emploierai pour te peindre et pour te divertir Les talents que le ciel ma voulu départir, Reçois, avec les vœux de mon obéissance, Ces vers précipités par ma reconnoissance. L’impatient transport de mon ressentiment N’a pu pour les polir m’accorder un moment. S’ils ont moins de douceur, ils en ont plus de zèle : Leur rudesse est le sceau d’une ardeur plus fidèle ; Et ta bonté verra dans leur témérité, Avec moins d’ornement, plus de sincérité. Roma caput mundi, quæ quondam vindice ferro, Qua terræ pelagusque patent, fatalia victis Jura dabas populis, et nunc, sed sanctior, orbem Religione Deum et vera pietate gubernas, Non te ingrata meæ cepere oblivia musæ, Nec labor irritus est, nam si mea carmina crescunt In laudes fœcunda tuas, gentisque latinæ Heroas veterumque ducum celebramus honorem, Par virtute suis patribus novus emicat heros, Maxima qui tenui pro munere dona refundit. Te duce, magne heros, quo nil sublimius æther Francigenis, et nil melius dedit Itala tellus, Juli, purpurea flamen dignissime palla, Te duce, Roma suos, largo in me prodiga fœtu, Fudit opes, nec in ancipiti fortuna pependit : Spem merces oblata præit ; Charitesque profusa Occurrere manu ; quodque est mirabile, munus Non optare licet, tu me auri pondere sponte Obruis, et votis potior non ante cupitis. Gratia quæ petitur subito evolat, et prece emaci Qui prior ambit opes, tacitum sub pectore vulnus Sentit, et invitas concesso munere gaudet ; Nam pudor est, verba et vultum præferre precantis. At tu, dum pleno spargis tua præmia cornu Magnificus, parcis precibus, votumque remittis. Sic donis accedit honos, et munere in uno Munera bina latent, cum se ultro gratia profert. Hinc amor arctior est, nam blanda sine arte voluntas Dat pretium donis, et munera munere crescunt. Sic quondam Augustus, vestræ alter Romulus urbis, Mittere gaudebat dona insperata Maroni ; Et quem nostra in te redivivum carmina fingunt, Virgilium excepit, quo me dignaris honore. Et certe ille augur qui nos inspirat Apollo, Obscuris vera involvens, plus carmine promit Interdum, quam verba sonant ; motuque latenti Sæpe alio vatem, quam quo velit, abripit ardor. Cum cecini laudes Pompeï aut robur Horati, Augustique pios mores, domitumque furorem, Musa quidem erravit ; nam dum putat, inscia fati, Romanos pinxisse duces, tua facta, tuamque Exprimit effigiem : veterum decora alta Quiritum Per tot sparsa viros, tot nobilitata tropæis, Ad te unum redeunt ; tua in illis vivit imago. Nec tamen hic finis ; nam cum celebrabo Catonum Funera, Scipiadumque decus, Paulosque sagaces, Et cunctatores Fabios, tua gloria surget Conflata ex illis, sed erit magis inclyta virtus. Sit mihi fas igitur sub te renovare laborem, Adque tui exemplar proceres formare latinos, Et divina tu secreta recludere mentis, Versuque arcanos generoso expromere sensus Quos tibi nascenti Charites, urbisque Quirini Fata, et sanguis avum stellis transfudit amicis. Tunc splendore novo afflatus, longo ordine pingam Romulidas, operique tuos adhibebo colores. Materiam superabit opus ; talique cothurno Assurgam, ut nostros Roma admirata labores, Eloquii stupeat vires, neque prisca suorum Ora recognoscat : quin et fortasse queretur, Me ducibus latiis illas adscribere laudes Quas solus vera ingenii virtute mereris. Interea proprio late splendore refulgens, Sæpe tuas alio cernes sub nomine dotes. Ne tamen, o divine heros, ne subtrahe lumen, Vive diu, præsensque meis illabere cœptis. Subduc te regni excubiis, quas nocte dieque Irrequietus agis, paulumque abrumpe labores Assiduos, nostroque in carmine dilue curas ; Cumque tuas veneror Charites, et musa requirit Quæ placeant, magnæque parent solatia menti, Accipe præcipiti mea cannina condita vena. Carmina perpetui testes, et pignora cultus : Imperfecta quidem, nec enim tua dona sinebant Esse diu immemorem, ars nostro successit amori. Et si lingua rudis, latet imis sensibus ardor ; Nostraque plus fidei quam fastus verba recondunt ; Nam quo musa magis caret arte, minusque leporis Invenies, magis est pura et sincera voluntas.
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