Versos French Pierre Corneille A Monsieur Corneille Sur Sa _Veuve_

French poem

A Monsieur Corneille Sur Sa _Veuve_

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ÉPIGRAMME.

Ta veuve s'est assez cachée, Ne crains point de la mettre au jour; Tu sais bien qu'elle est recherchée Par les mieux sensés de la cour. Déjà des plus grands de la France, Dont elle est l'heureuse espérance, Les coeurs lui sont assujettis, Et leur amour est une preuve Qu'une si glorieuse Veuve Ne peut manquer de bons partis.

DU RYER, Parisien[1243].

[1243] Pierre du Ryer, né en 1605, mort en 1658, a fait un grand nombre de traductions et dix-huit pièces de théâtre. Il a été secrétaire de César, duc de Vendôme.

AU MÊME, PAR LE MÊME.

Que pour louer ta belle Veuve Chacun de son esprit donne une riche preuve, Qu'on voye en cent façons ses mérites tracés: Pour moi, je pense dire assez Quand je dis de cette merveille Qu'elle est soeur de Mélite et fille de Corneille.

A MONSIEUR CORNEILLE.

Belle Veuve adorée, Tu n'es pas demeurée Sans supports et sans gloire en la fleur de tes ans: Puisque ton cher Corneille A ta conduite veille, Tu ne peux redouter les traits des médisants.

BOIS-ROBERT[1244].

[1244] François le Métel, sieur de Boisrobert, abbé et poëte, né à Caen vers 1592, mort en 1662, fut le favori du cardinal de Richelieu, et un des cinq auteurs qu'il chargeait de la rédaction de ses pièces. Voyez les Notices sur la Comédie des Tuileries et sur le Cid.

A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA VEUVE.

Cette belle Clarice à qui l'on porte envie Peut-elle être ta Veuve et que tu sois en vie? Quel accident étrange à ton bonheur est joint? Si jamais un auteur a vécu par son livre, En dépit de l'envie elle te fera vivre, Elle sera ta Veuve et tu ne mourras point.

D'OUVILLE[1245].

[1245] Antoine le Métel, sieur d'Ouville, frère de l'abbé de Boisrobert, plus connu par ses contes que par ses oeuvres dramatiques, a écrit neuf ou dix pièces de théâtre, que les frères Parfait placent entre 1637 et 1650. L'époque de sa naissance et celle de sa mort sont ignorées. Voyez Histoire du théâtre françois, tome V, p. 357.

A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA VEUVE.

ÉPIGRAMME.

La Renommée est si ravie Des mignardises de tes vers, Qu'elle chante par l'univers L'immortalité de ta vie. Mais elle se trompe en un point, Et voici comme je l'épreuve: Un homme qui ne mourra point Ne peut jamais faire une Veuve. Quoique chacun en soit d'accord, Il faut bien que du ciel ce beau renom te vienne, Car je sais que tu n'es pas mort, Et toutefois j'adore et recherche la tienne.

CLAVERET[1246].

[1246] Un des rivaux les plus acharnés de Corneille, après le succès du Cid. Voyez notre Notice sur cette tragédie.

MADRIGAL DU MÊME.

Philiste en ses[1247] amours a dû craindre un rival, Puisque ta Veuve est la copie De ce charmant original A qui ta plume la dédie. Ton bel art nous peint l'une adorable à la cour; La nature a fait l'autre un miracle d'amour. Je sais bien que l'on nous figure L'art moins parfait que la nature; Mais laissant ces raisons à part, Je ne sais qui l'emporte, ou la nature ou l'art. Ta Veuve toutefois par sa douceur extrême Sait si bien celui de charmer, Qu'à la voir on la peut nommer Un original elle-même, Et toutes deux des ravissants accords[1248] D'un bel esprit et d'un beau corps.

CLAVERET.

[1247] Il y a ces pour ses dans l'édition originale.

[1248] On lit ainsi (des, et non de) dans l'édition originale.

A MONSIEUR CORNEILLE SUR L'IMPRESSION DE SA VEUVE.

La veuve qui n'a d'autres soins Que de se tenir renfermée Et de qui l'on parle le moins, Est plus chaste et plus estimée; Mais celle que tu mets au jour Accroît son lustre et notre amour, Alors qu'elle se communique: Bien loin de se faire blâmer, Tant plus elle se rend publique Plus elle se fait estimer.

J. COLLARDEAU[1249].

[1249] Julien Collardeau, procureur du Roi à Fontenay-le-Comte, auteur de diverses poésies latines et françaises, et notamment de quatre petits poëmes intitulés: Tableaux des victoires du Roi, Paris, J. Quesnel, 1630, in-8{o}.

POUR LA VEUVE DE MONSIEUR CORNEILLE.

Bien que les amours des filles Soient vives et sans fard, florissantes, gentilles, Et que le pucelage ait des goûts si charmants, Cette Veuve, en dépit d'elles, Va posséder plus d'amants Qu'un million de pucelles.

L. M. P.

A MONSIEUR CORNEILLE.

SONNET.

Tous ces présomptueux dont les foibles esprits S'efforcent vainement de te suivre à la trace, Se trouvent à la fin des corneilles d'Horace[1250], Quand ils mettent au jour leurs comiques écrits.

Ce style familier non encore entrepris, Ni connu de personne, a de si bonne grâce Du théâtre françois changé la vieille face, Que la scène tragique en a perdu le prix.

Saint-Amant[1251], ne crains plus d'avouer ta patrie, Puisque ce Dieu des vers est né dans la Neustrie, Qui pour se rendre illustre à la postérité,

Accomplit en nos jours l'incroyable merveille De cet oiseau fameux parmi l'antiquité, Nous donnant un Phénix sous le nom de Corneille.

DU PETIT-VAL[1252].

[1250] Allusion à ces vers d'Horace:

Ne si forte suas repetitum venerit olim Grex avium plumas, moveat cornicula risum, Furtivis nudata coloribus.

(Épîtres, liv. I, ép. III, v. 18-20.)

[1251] Le poëte Saint-Amant était né à Rouen, comme Corneille.

[1252] Raphaël du Petit-Val, libraire et poëte de Rouen, dont on trouve des vers en tête de plusieurs ouvrages de Béroalde de Verville.

A MONSIEUR CORNEILLE.

SONNET.

Mélite, qu'un miracle a fait venir des cieux, Les coeurs charmés à soi comme l'aimant attire; Mais c'est avec raison que tout le monde admire La Veuve qui n'a pas moins d'attraits dans les yeux.

Faire parler les rois le langage des Dieux, Faire régner l'amour, accroître son empire, Peindre avec tant d'adresse un gracieux martyre, Fermer si puissamment la bouche aux envieux;

Faire honneur à son temps, enseigner à notre âge A polir doucement son vers et son langage[1253], Corneille, c'est assez pour avoir des lauriers.

Dessus le mont sacré, toujours tranquille et calme; Mais pour dire en un mot, de venir des derniers Et les surpasser tous, c'est emporter la palme.

[1253] Ce vers est étrangement défiguré dans l'édition originale:

A polie (sic) doucement son voeu (sic) et son langage.

A MONSIEUR CORNEILLE.

SIXAIN.

Ce n'est rien d'avoir peint une vierge beauté, Mélite, vrai portrait de la divinité. La grâce de l'objet embellit la peinture Et conduit le pinceau qui ne s'égare pas; Mais de peindre une Veuve avec autant d'appas, C'est un effet de l'art qui passe la nature.

PILLASTRE, avocat en parlement.

A MONSIEUR CORNEILLE.

ÉPIGRAMME.

Toi que le Parnasse idolâtre, Et dont le vers doux et coulant Ne fait point voir sur le théâtre Les effets d'un bras violent, Esprit de qui les rares veilles Tous les ans font voir des merveilles Au-dessus de l'humain pouvoir, Reçois ces vers dont Villeneuve[1254], Ravi des beautés de ta Veuve, A fait hommage à ton savoir.

[1254] Ce poëte était en relation avec Guillaume Colletet. Voyez les Divertissements de Colletet, 1631, p. 38.

A MONSIEUR CORNEILLE.

Corneille, je suis amoureux De ta Veuve et de ta Mélite, Et leurs beautés et leur mérite Font naître tes vers et mes feux. Je veux que l'une soit pucelle; L'autre ici me semble si belle Qu'elle captive mes esprits, Et ce qui m'en plaît davantage, C'est que les traits de son visage Viennent de ceux de tes écrits.

DE MARBEUF[1255].

[1255] Il était maître des forêts à Pont-de-l'Arche. On a un Recueil des vers de M. de Marbeuf, Rouen, David du Petit-Val, 1628, in-8{o}.