French poem
Ode sur un prompt amour
Ô Dieux ! qu’elle sait bien surprendre ! Mon cœur, adore ta prison, Et n’écoute plus ta raison Qui fait mine de te défendre ; Accepte une si douce loi. Voir Amynte et rester à soi Sont deux choses incompatibles : Devant une telle beauté, C’est à faire à des insensibles De conserver leur liberté.
Ses yeux, d’un pouvoir plus suprême Que n’est l’autorité des rois, Interdisent à notre choix De disposer plus de nous-même. Ravi que j’en fus à l’abord, Je ne pus faire aucun effort À me retenir en balance ; Et je sentis un changement Par une douce violence, Que j’eusse fait par jugement.
Regards brillants, clartés divines, Qui m’avez tellement surpris ; Œillades qui sur les esprits Exercez si bien vos rapines ; Tyrans secrets, auteurs puissants D’un esclavage où je consens ; Chers ennemis de ma franchise, Beaux yeux, mes aimables vainqueurs, Dites-moi qui vous autorise À dérober ainsi les cœurs.
Que ce larcin m’est favorable ! Que j’ai sujet d’appréhender, La conjurant de le garder, Qu’elle me soit inexorable ! Amour, si jamais ses dédains La portent à ce que je crains, Fais qu’elle se puisse méprendre ; Et qu’aveuglée, au lieu du mien Qu’elle aura dessein de me rendre, Amynte me donne le sien !
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