French poem
Ix
Tout à l'heure, un essaim de mauves s'envolait, Majestueux, au ras des vagues aurorales: Les oiseaux fendaient l'air de leurs ailes égales Et nageaient dans l'azur vers l'horizon de lait.
Ils allaient: le soleil semait sur les prairies Marines des fleurs d'or et de chrysobéril Et l'on eût cru là-bas des papillons d'avril Sur un champ constellé de rares pierreries.
Ils allaient: maintenant que dans le clair matin La blancheur de leur vol splendide s'est fondue, Je cherche obstinément au fond de l'étendue Le souvenir neigeux de leur essor lointain.
Nul des flocons perdus dans les brumes d'opale N'argente plus la plaine immobile des flots Et la seule clameur des antiques sanglots Monte plus tristement vers le lac du ciel pâle.
O Chère, ô pâle ciel d'amour qui te mirais Dans la mer somptueuse et calme de mes rêves Quels abîmes d'azur et d'Océans sans grèves Ont englouti le vol de mes désirs secrets?
Je ne sais: le regard a lassé ma prunelle, La solitude morne emplit mon coeur, j'entends Dans le double infini de l'espace et du temps Monter le râle amer de l'angoisse éternelle.