French poem
Les Aumonières
A A.-F. Plicque.
Sur la grève qu'avaient souillée Les conquérants et les héros, Près de la mer pacifiée Pleine des frissons auguraux,
Les poings perdus dans les crinières De leurs chevaux roses et blancs, C'étaient les bonnes aumônières Qui reviennent tous les mille ans.
Cymodoce, Aglaure, Euryanthe, Au caprice d'un galop fou Elles passaient; leur flamboyante Chevelure brûlait leur cou.
Lèvres douces comme la soie, Lumineuses comme les cieux, Elles chantaient un chant de joie Vers l'Océan mystérieux.
Tandis que vibraient des abeilles Autour des étalons loyaux, Elles plongeaient dans des corbeilles Leurs bras riches de lourds joyaux
Et brandissant leurs mains sacrées, Bonnes au yeux chargés de pleurs, Parmi les vagues empourprées Semaient d'impériales fleurs;
Car les coroles millénaires Eparses en vol d'Orient Calment les antiques colères Et charment le vieil Océan.