French poem
Nativité
L'enfant né de la terre et libéré par elle Tendit, farouche et nu, son torse impérieux Hors de l'antre où mourait la nuit surnaturelle;
Mais la brusque splendeur du soleil et des cieux, Lacérant l'ombre avec des griffes empourprées, Ne fit pas tressaillir l'eau calme de ses yeux.
Désormais dédaigneux des fontaines sacrées, Il buvait puissamment la lumière et l'orgueil, O ténèbres en pleurs, ô mères éventrées!
Et quand il eut vaincu les lianes du seuil Et déployé sa chevelure dans l'aurore, Les arbres lui chantaient un chant de bon accueil.
Dans l'allégresse de la force qui s'essore Il marchait à travers la natale forêt, Attentif aux frissons du feuillage sonore;
Autour de lui le vol des abeilles vibrait Et le miel embaumant ses lèvres fatidiques Révélait à son coeur l'ineffable secret
De la vie immortelle et des sèves antiques.