Versos French Raoul Ponchon …Ne parlez pas tous à la fois

French poem

…Ne parlez pas tous à la fois

by (1848–1937)

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Je demande en mariage La fille d’un roi, Avec ou sans alliage : Plutôt sans, ma foi.

Mais je la voudrais très belle, Et voudrais encor Qu’elle eût une ribambelle De beaux écus d’or.

Certes, un lyreur irritable N’est pas un miché, Mais c’est un parti sortable, Sinon recherché.

Je ne suis pas sans fortune, D’ailleurs, savez-vous ? J’ai mes terrains de la lune Semés de cailloux ;

J’ai de l’air sur la montagne… Je ne compte pas Mille châteaux en Espagne, Tout là-bas, là-bas…

Ni mes palais sur le sable, Mes rêves en l’air, C’est quelque chose, que diable ! Ni ma part d’enfer.

Ma reine ! je l’ai trouvée Plus splendide encor Que je ne l’avais rêvée : En chair et en or !

Eh bien ! nous ferons la noce Quand le mois de mai Roulera sur son carrosse De roses gemmé.

Nous n’irons pas à l’église, Mince d’horizon ! — Quatre murs, quoi qu’on dise Sont toujours prison.

Mais dans la forêt voisine, Sous le grand ciel bleu ; Les forêts sont, j’imagine, Plus pleines de Dieu.

N’aurons non plus de prêtaille En habits de paon, Dont la voix nasille et braille : Balaban, ban ban.

Je ne veux pour tous murmures Sous les verts arceaux, Que le chant dans les ramures Des petits oiseaux.

Et les pins mélancoliques Pour mon cœur fervent Seront les orgues mystiques, Si souffle le vent.

Les cieux, comme une féerie, Seront éclatants : Poète qui se marie A toujours beau temps.

Si, comme témoins, ma mie, Et comme invités A toute une académie De rois hauts cotés

De seigneurs sans importance… — Car je ne saurais L’en empêcher, comme on pense, Pour avoir la paix ;

J’en aurai, moi, de plus chouettes Et sans nul arroi, Car ce sera des poètes, Des gueux comme moi.

Après la cérémonie… Quoi, me dira-t-on, La noce est-elle finie Sans un gueuleton ?

Ah ! loin de moi ces pensées C’est me faire affront. Des tables seront dressées Qui s’écrouleront

Sous mille vins délectables, Mille vins rêvés. Je dirai aux pauvres diables : Mangez et buvez.

N’épargnez pas la popotte, Puisque, aussi bien, c’est Elle qui paiera la note Dessus son budget.

Et je dirai à ma reine : « M’amour, donne-leur À tous une bourse pleine Avec une fleur ;

La fleur où le rire éclate, Pour leur rappeler De ta bouche délicate Le galant parler ;

Et la bourse où l’or flamboie, Pour — uniquement — Leur donner un peu de joie Pendant un moment.

Ils célébreront ta gloire Sur l’aile des vers, Et rediront ta mémoire Par tout l’univers.

Nous, nous aurons, je l’espère, Des enfants, un jour, Qui feront, comme leur père, Des vers à leur tour.