Versos French Raoul Ponchon Voici le printemps

French poem

Voici le printemps

by (1848–1937)

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Vous avez beau dire et faire Voici le Printemps ! Vous pouvez dans l’atmosphère Mordre à pleines dents.

« Le printemps — tu vas me dire — À quoi le sens-tu ? » À quoi ? Voyons, tu veux rire, Ô fleur de vertu !

Mais… à l’air que l’on respire… À je ne sais quoi Qui vous turbule et chavire, Vous tient sous sa loi ;

Agite jusques aux arbres Enfin ravivés Et fait palpiter les marbres, Aussi les pavés ;

À cette haleine subtile Qui souffle à la fois Sur la campagne et la ville, Les monts et les bois…

Aux roses qui se souviennent De leur introït, Aux oiseaux qui nous reviennent Et qui font : pi ouitt…

À l’eau qui court moins frigide… Aux sveltes jets d’eau Dardant leurs pistils rigides Qui faisaient dodo.

Voire, même à cette pluie Qui point ne dépleut, À ce vilain temps de truie Vraiment scandaleux…

Après tout, tant mieux qu’il pleuve, La pluie en Avril Précipite comme un fleuve Le vin en baril.

Je vois le Printemps encore Aux agissements De la plus humble pécore, Aux cœurs plus cléments…

Mignonne, sois équitable : Te semble-t-il pas Que le monde est plus affable ? Et qu’à chaque pas

Malgré ces jours prosaïques, Tu culbutes sur Des êtres plus héroïques ? C’est le Printemps, sûr !

Déjà le poète muse Prêt à nous raser Sur sa guitare, et sa Muse Lui donne un baiser.

Toi, ma petite folie, Pourquoi le nier ? Tu es cent fois plus jolie Que l’hiver dernier.

Quant à moi, poire tapée, Je le dis tout bas, C’est mon oreille coupée, Ne la vois-tu pas

Qui non seulement repousse Mais — grâce au Printemps — Grandir chaque jour d’un pouce : C’est inquiétant !…