French poem
Vers de Noël
by Raoul Ponchon (1848–1937)
Au diable la poésie, Mon ami Ponchon, Mangeons avec frénésie Du rose cochon.
Est-ce que Noël, poète, Ô fleur des couyons, N’est pas la plus belle fête, Dis ? que nous ayons ?
En se montrant sur la paille Tel un fin jambon, Jésus dit : « Faites ripaille, Le moment est bon.
Seigneurs ou pauvre canaille, En ce jour divin Mangez de la cochonnaille Et buvez du vin :
Le vin réchauffe et l’eau mouille. » Il dit, et soudain Des kilomètres d’andouille Et de noir boudin
— Ainsi fait la folle vigne — Fleurissent partout. Ô spectacle vraiment digne, Consolant surtout !
Du salon jusqu’à l’office, En chaque maison Ce n’est que de la saucisse Et du saucisson.
Des charcutiers admirables Le galant métier ! En est-il de plus aimables Dans le monde entier ?
Maîtres qu’un lard pur enflamme, Ils font de leurs doigts Tout ce qu’ils veulent, madame, Tant ils sont adroits ;
J’en prends à témoin quiconque ! Ces braves gens-là Prennent un cochon quelconque Et disent : « Voilà.
Voilà mille bonnes choses, Pâtés, jambonneaux, Voici des lis et des roses, Mes petits agneaux. »
Par la papale fressure ! Avec — (ça c’est beau !) Du cochon, je vous assure, Certains font du veau.
À cette époque de joie Que nous célébrons, On voit d’elle-même l’oie Chier des marrons.
La dinde, sombre tartuffe Ordinairement, Court au-devant de la truffe — Fer de cet aimant ! —
Les bouteilles toutes seules Montent l’escalier, Ivres de rincer nos gueules Et notre gosier.
Les rouges rôtisseries Flambent ; le mois d’août N’a pas plus de pierreries. C’est beau comme tout.
Les huîtres — moules du riche — Jusqu’à cette nuit Dans le sein de la bourriche Ont bâillé d’ennui.
Huîtres, ne pleurez pas, folles Que vous êtes, car Vous ferez des cabrioles Ce soir, sur le tard !
De la cave à la cuisine Je vois tout en l’air, Les jambes de ma cousine Tout d’abord, c’est clair.
Ah ! s’il ne faut que bien boire Et que bien manger Pour complaire au dieu de gloire, Je vais y songer.
Pour l’instant je n’ai pas — diable ! Le moindre appétit, Mais l’appétit vient à table Petit à petit.
Je veux que ce soir ma bouche Fatigue ma main. À Noël je ne me couche Que le lendemain.