Versos French Raoul Ponchon Ô vin !

French poem

Ô vin !

by (1848–1937)

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Jardin habité par le suave Ariel Où viennent se griser de parfum et de miel Les papillons poudrés et les blondes abeilles, Ô Vin ! fais mon cœur chaud et mes lèvres vermeilles !

Orgie étourdissante où filles et garçons Font assaut de baisers, de danses, de chansons Au bruit des tambourins bourdonnants et des flûtes, Ô Vin ! dans ma cervelle il faut que tu culbutes !

Gai paradis où des amoureux de vingt ans Qui sont coiffés de grâce et vêtus de printemps S’aiment ingénument dans les molles prairies, Ô Vin ! débite-moi mille galanteries !

Temple prestigieux, rond, s’il n’est pas carré, Sans cesse palpitant du rouge feu sacré Qu’entretient chastement une jeune vestale, Ô Vin ! habille-moi de pourpre orientale.

Torrent impatient dont les flots turbulents Semblent un vol fantasque et brusque d’oiseaux blancs Qui dans l’air irisé iraient semant leurs plumes, Ô Vin ! je veux bondir sur tes folles écumes !

Mer éternellement pacifique : toujours Le marin y connaît l’ivresse des retours Sous les yeux bienfaisants des lointaines étoiles, Ô Vin ! sillonne-moi d’espoirs, célestes voiles !

Église où sur l’encens et comme épris de ciel Montent les chœurs divins de Bach et de Hændel Multipliés vers Dieu par les orgues mystiques, Ô Vin ! emporte-moi sur l’aile des cantiques !

Admirable festin où des rois très cléments Boivent à la santé des poètes charmants, Rois n’ayant que le Beau pour loi, le Beau pour culte, Vin ! distrais-moi du mal par ton joyeux tumulte !

Éveil de la nature au joli mois d’avril Quand un peu de douceur flotte dans l’air subtil, Quand c’est poindre partout la sève rose et verte, Vin ! sois-moi sur le Bien une croisée ouverte !

Fontaine de Jouvence où se baignent les dieux Fais mon cœur toujours jeune et toujours radieux ! Miroir de vérité brillant comme la flamme, Ô Vin ! qu’en mon ivresse on sache encor mon âme !

Ciel que ne peut fixer le regard ébloui Où le soleil d’été demeure épanoui Sans que dans l’Océan jamais il s’engloutisse, Ô Vin ! dis à mes pas le chemin de justice !

Ville en fête ; voici le César triomphant Porté par ses soldats comme un petit enfant, Lui et son char paré du sang de la victoire, Ô Vin ! ordonne-moi de mépriser la gloire !

Poème de tendresse écrit par Valmîki Dont la seule lecture ennoblit le yoghi, Que la bonté chez moi devienne machinale, Ô Vin ! vin d’amarante et de pourpre automnale !