French poem
Patinage
by Raoul Ponchon (1848–1937)
Allez, petites femmes, Tournez, petites âmes Légères comme l’air, Délicates sylphides Sur vos patins rapides Passez comme l’éclair ;
Passez, souples Lianes, Les Vénus, les Dianes, Les Mômes Ducrocket Auprès de qui les Grâces Semblent lourdes et grasses, Ont l’air de vrais paquets.
Passez comme des leurres, Tournez comme les heures Et les jours et les ans ; Ô visions trop brèves ! Passez comme les rêves Sitôt fuis que présents !
Passez, petites fées Bellement attifées, Oiseaux effarouchés En ces molles écumes De dentelles, de plumes Où vos corps sont nichés ;
Cependant que la glace, Monotone surface, Sous votre flot mouvant Quitte sa teinte grise, Et rayonne et s’irise Comme un jardin vivant,
Jardin de chrysanthèmes Ébouriffés, suprêmes, Qui tantôt querelleurs, Tantôt pleins de sagesse, Iraient changeant sans cesse De forme et de couleur.
Passez, petites fées Bellement attifées, Oiseaux effarouchés En ces molles écumes De dentelles, de plumes Où vos corps sont nichés.
Passez comme des leurres, Tournez comme les heures Et les jours et les ans ; Ô visions trop brèves, Passez comme les rêves Sitôt fuis que présents.
Si par hasard, mes belles, Vous ramassez des pelles, Vous faites pas bobo, Mais tombez avec grâce : Faut tomber sur la glace Comme sur le dodo.
Tournez, petites âmes, Tombez, petites femmes… ............