Versos French Raoul Ponchon Prix de Rome

French poem

Prix de Rome

by (1848–1937)

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Les candidats — pour une fois — Au prix de Rome, de peinture, Avaient un sujet, que je crois Qu’ils pouvaient traiter — sans torture ;

Moins délibérément « pompier » Que ceux imposés chaque année À leur verve, par Maître Pied ; Enfin… telle était sa donnée :

Dans un paysage charmant, Imaginez le vieux Silène Ivre-mort, naturellement, Cuvant son vin, à panse pleine ;

Cependant que la nymphe Églé S’amuse fort de cet ivrogne, Et de raisin pourpre et doré Lui barbouille, en riant, la trogne.

Ajoutez aussi deux bergers Qui complètent la scène à faire, Et maintiennent, les enragés, Les jambes et bras du gros père.

La scène est plaisante, et surtout D’interprétation facile. « C’est une idylle dans le goût De Théocrite et de Virgile. »

Sans attendre de nos rapins Des chefs-d’œuvre, l’on pouvait croire Que de ce sujet plein d’entrain Ils se tireraient, à leur gloire ? …

Eh bien, non. Pour ces jeunes gens C’étaient là des hiéroglyphes. Leurs devoirs furent affligeants, Grâce aux leçons de leurs pontifes.

Pas un concurrent, sur les dix, N’évita les poncives règles : Ceux de la Villa Médicis, Du coup, vont se croire des aigles.

Il faut voir cet orang-outang Qu’ils ont fait du brave Silène, Et ces bergers déconcertants, Et cette nymphe en porcelaine !

C’est à supposer que jamais Ils n’ont rencontré ce Silène, Ni de nymphes dans les forêts, Alors que la France en est pleine !

Que dis-je ?… Il semblerait encor Qu’ils n’ont jamais vu davantage Le moindre raisin pourpre et or, Ni musé dans un paysage…