Versos French Raoul Ponchon Printemps

French poem

Printemps

by (1848–1937)

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Ô ma muse microscopique,  Si tu ne tiens pas à l’Hippique ?… Moi non plus… Donc, si tu m’en crois, Profitons de cette journée Qui me semble heureusement née Pour aller rêver dans les bois.

Vois : l’air est langoureux et moite ; Au ciel des nuages d’ouate Vont floconnant, troupeau léger Qui promène sa marche lente Sous la conduite vigilante De quelque invisible berger.

Déjà, sur les molles collines Verdoyantes et coralines Paraît le chevalier Printemps ; Il est magnifique et frivole, Il a le teint frais, la chair folle, Le front ceint de lis éclatants.

Il fait un vacarme du diable, Mais, de sorte irrémédiable, Il réveille les endormis ; Il va, vient et se multiplie, Se dépense, dans sa folie, Plus qu’un millier de fourmis.

« Allons, debout, les belles filles ! Dit-il ; hardi, les joyeux drilles ! Aimez-vous, sans perdre un seul jour ; Je suis le Printemps, ô jeunesse ! Se peut-il qu’on me reconnaisse ? Aimez, je suis aussi l’Amour. »

Et d’un seul baiser de sa bouche Il décide la plus farouche, Dégourdit le plus innocent ; Les gens, les bêtes et les choses Se pâment à ses lèvres roses, À ses yeux purs d’adolescent !

De toute sa personne émane, Moitié sacré, moitié profane, Un vertige de volupté Tel, qu’il ferait entrer en danse Le plus certain gland de potence Comme l’âne le plus bâté.

Partout où son regard se pose, La sève perle, verte et rose, Aux coques des bourgeons naissants ; Et çà et là, dans les prairies, Les fleurs, de mystère pétries, Gemment sous ses pas bienfaisants.

Il connaît les belles paroles Qui font s’épanouir les corolles Des roses, des lilas, des lis, Et passer toutes les délices Des violettes, des mélisses Dans l’haleine de nos Philis.

Il a des oiseaux plein des cages Qu’il délivre dans les bocages Ou bien qu’il éparpille au ciel ; Et, que sais-je ?… il invente encore Tout un essaim multicolore De fins papillons de pastel.

Il veut qu’en les forêts prochaines Les dryades au cœur des chênes S’éveillent de leur blanc sommeil ; Déjà, faisant craquer l’écorce, On voit que s’étire et s’efforce Un peu de leur torse au soleil.

Plus loin, au cristal des fontaines, Il veut que les nymphes hautaines De Diane, reine des eaux, Par son seul regard aguerries, Avec mille folâtreries, Culebutent dans les roseaux…

… Bah ! c’est toujours la même chose, Que votre Printemps vert et rose — Dit l’autre. — Il ne faut s’y fier : Car, encore qu’il se répète, Il n’est tel comme ce poète Pour toujours diversifier.