French poem
Avril
by Rémy Belleau (1528–1577)
Auril l’honneur & des bois, Et des mois : Auril, la douce esperance Des fruicts qui sous le coton Du bouton Nourrissent leur ieune enfance. Auril, l’honneur des prez verds, Iaunes, pers, Qui d’vne humeur bigarree Emaillant de mille fleurs De couleurs, Leur parure diapree. Auril, l’honneur des soupirs Des Zephyrs, Qui sous le vent de leur ælle Dressent encor és forests Des doux rets, Pour rauir Flore la belle. Auril, c’est ta douce main, Qui du sein De la nature, desserre Vne moisson de senteurs, Et de fleurs, Embasmant l’Air, & la Terre. Auril, l’honneur verdissant, Florissant. Sur les tresses blondelettes De ma Dame, & de son sein, Tousiours plein De mille & mille fleurettes. Auril, la grace, & le ris De Cypris, Le flair & la douce haleine : Auril, le parfum des Dieux, Qui des cieux Sentent l’odeur de la plaine. C’est toy courtois & gentil, Qui d’exil Retires ces passageres, Ces arondelles qui vont, Et qui sont Du printemps les messageres. L’aubespine & l’aiglantin, Et le thym, L’œillet, le lis, & les roses En ceste belle saison, A foison, Monstrent leurs robes écloses. Le gentil rossignolet Doucelet, Decoupe dessous l’ombrage, Mille fredons labillars, Fretillars, Au doux chant de son ramage. C’est à ton heureux retour Que l’amour Souffle à doucettes haleines, Vn feu croupi & couuert, Que l’hyuer Receloit dedans nos veines. Tu vois en ce temps nouueau L’essain beau De ces pillardes auettes Volleter de fleur en fleur, Pour l’odeur Qu’ils mussent en leurs cuissettes. May vantera ses fraischeurs, Ses fruicts meurs, Et sa seconde rosee, La manne & le sucre doux, Le miel roux, Dont sa grace est arrosee. Mais moy ie donne ma voix À ce mois, Qui prend le surnom de celle Qui de l’escumeuse mer Veit germer Sa naissance maternelle.