French poem
Le chapelet musulman
by Renée de Brimont (1880–1943)
Chapelet musulman fait de graines diverses qui sentent l’Arabie, et l’Égypte, et la Perse,
tel ces serpents du Nil insidieux et froids glissez, ô chapelet, glissez entre mes doigts.
Graine à graine, évoquez les choses une à une parmi de vains reflets d’aube ou de clair de lune :
évoquez la chaleur et la sérénité du magique désert où s’attarde l’été ;
évoquez des soirs bleus et des nuits transparentes, et l’éphémère halte à l’abri d’une tente ;
des fleuves limoneux, des fleuves charriant le trône d’Osiris, vieux prince d’Orient ;
au seuil d’une oasis, évoquez des mirages, et les villages blancs jonchant le bord des plages ;
évoquez des palmiers bercés à l’unisson, et des vasques de stuc où nagent des poissons ;
des harems paresseux clos sur des prisonnières, et l’humble marabout qu’embaument nos prières ;
l’appel d’un minaret au minaret voisin, et la terrasse étroite où mûrit le raisin ;
évoquez la fontaine inquiète ou profonde, des roses, des parfums, des mandarines rondes ;
la longue caravane errant à l’horizon, et la moucharabieh de la blanche maison ;
l’aigre cri des marchands dans la lumière intense ; le café du bazar et la femme qui danse ;
les yeux cernés de khôl des visages voilés, et les turbans nombreux autour des narghilés ;
et l’obsédant écho d’un tam-tam qui bourdonne, triste, voluptueux, bizarre, monotone…
Tel ces serpents du Nil insidieux et froids glissez, ô chapelet, glissez entre mes doigts !