French poem
Le jongleur
by Renée de Brimont (1880–1943)
Immobile et comme en suspens rit son visage aminci de serpent où l’or inquiet des prunelles danse. Car ce regard jaune ordonne les jeux … Une… Deux… des multicolores qui s’élancent et que happent… Une… Deux… Trois… les frêles doigts comme désossés dans une démence.
C’est à peine si les muscles sous la peau fine ondulent … Quatre… Cinq… Six… Et les billes sautent, minuscules … Sphères, billes, boules ou bulles… Sept ! — Et l’or des yeux luit qui les suit … Une… Deux… l’une après l’une dans leurs aériens circuits.
Car elles volent et circulent, et se poursuivent, importunes, et retombent à petit bruit, rondes et nulles. … Une… Deux… Trois… Prunelles d’or et visage étroit… Quatre… Cinq… et reflets étranges nés de ces frêles doigts adroits : bleu, vert, violet, orange…
Prisme dansant dans mes yeux brouillés — dormants ?… éveillés ? — Rêve qui mêle sa fortune … Cinq… Six… aux reflets des lunes… Sept ! — Fugace accord des billes courant l’une après l’une… Double point d’or qui scintille et jubile dans cette étroite face immobile !