Versos French Robert Brasillach Psaume V

French poem

Psaume V

by (1909–1945)

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Exilés sur le bord des eaux de Babylone, Nous avons suspendu nos souvenirs, Seigneur, Aux arbres dépouillés par les pluies de l’automne, Et rappelons ainsi le passé dans nos cœurs.

On nous dit de chanter sur terre étrangère Les chansons qui berçaient les jours évanouis, On voudrait voir monter de nos longues misères Le dérisoire appel des plaisirs de jadis.

Et parfois reprenant sur l’invisible fleuve Nos vieux chants d’autrefois de nos bouches fermées, Nous nous laissons aller aux espérances neuves Et ranimons l’éclat des choses bien-aimées.

Nous ne demandions rien, ô Seigneur, ou bien peu, Le lit où reposer dans la nuit notre tête, La plus modeste joie et le plus petit feu, La cendre qu’aujourd’hui disperse la tempête.

Nous n’étions pas, Seigneur, tellement difficiles, Nous n’avions pas besoin de gloire, ni d’argent, Seulement du murmure amical de la ville, Nous n’étions pas, Seigneur, tellement exigeants.

Et maintenant qu’au bruit que fait le vent d’automne Tout s’est évanoui de ce que nous aimions, Exilés sur le bord des eaux de Babylone, Vaut-il pas mieux se taire, ô captifs de Sion ?

Car le silence seul qui tombe sur la rive Reste digne du chant des printemps disparus, Et jette sur le feu des blessures captives Le baume sous lequel le cœur ne saigne plus.