French poem
Vienne la Nuit
by Robert Brasillach (1909–1945)
Vienne la nuit que je m’embarque Loin des murs que fait ma prison ; Elle suffit pour qu’ils s’écartent, Je retrouve mes horizons. Que m’importe si l’on me parque ! La nuit abat toute cloison.
Avec la Nuit je me promène Sous le soleil des jours anciens. Je ne vois plus ce qui m’enchaîne Le sommeil brise le destin ; Voici la mer, voici la Seine, Voici les fraîches joues des miens.
Comme dans les camps d’Allemagne, Chaque nuit, ô Nuit, tu reviens Me rendre tout ce qu’on éloigne. Je ferme les yeux sous tes mains, Je m’embarque, tu m’accompagnes, Me caresses jusqu’au matin.
Ô Nuit, ô seul trésor pareil Pour l’homme ou le proscrit Je t’ai donc retrouvée, merveille, Après trois ans, te revoici. Je me rends à ton cher soleil ; Enlève-moi, comme jadis.
Sur la paille où sont les soldats, Tu m’apportais les mêmes songes Qu’aux heureux dont je n’étais pas. Aujourd’hui, vers toi je replonge, Ô secourable, ô toujours là, Ô Nuit qui n’as pas de mensonges.