French poem
La Première Femme
by Saint-Pol-Roux (1861–1940)
Sourire enclos en des fleurs de rosier Je vis de par la magnifique haleine Et je triomphe, avec dans le gosier Le chant joli des ailes de la plaine.
Dieu, je suis toi dans un creux de la main, Reflet resté de ta coquetterie En quelque pluie où d’un regard humain Se dut mirer ton unité fleurie.
Nue, or je vais sous l’arc vif du soleil Qui me mûrit la joue à sa lumière Et chaque tournesol gire en éveil Car je suis belle d’être la première.
Mais, ô Maître, pourquoi ce lâche écueil Que tu sculptas au cœur de ton chef-d’œuvre ? Sur mes instincts déjà grince l’orgueil Et mes désirs se lovent en couleuvre.
A l’horizon rouillé du monde vieux Je m’apparais avec la face double : Ici j’offre le miel de mes grands yeux, Là j’épands le poison de mon sang trouble.
Durant l’épais mystère du chaos Quel dessein noir te heurtait à la tempe, Et ce dessein, finalement éclos, N’est-ce pas lui cette chose qui rampe ?
Fis-tu la femme afin de courroucer L’ami captif en son argile d’homme Puisque je sens les ongles me pousser Et mon œil bleu jaillir vers cette pomme ?
Si c’est pour une telle royauté Que tu sortis Ève de ta paresse Et si tu veux méchante la Beauté, Que ne m’as-tu supprimé la caresse ?
Alors du moins, franche bouche qui mord, J’aurais servi ta sombre loi de haine, Éparpillant la misère et la mort, Sans éprouver jamais la moindre peine
Et, pitoyable esclave sans rachat, Femelle irresponsable de ton signe, Je n’eusse pas mérité le crachat Des enfants nés de ma rose maligne.