French poem
Le Palais d’Ithaque
by Saint-Pol-Roux (1861–1940)
L’éloquence des nuits clignote sur Ithaque. Un chœur d’avènement palpite dans les bois. Sur les cadences d’huile une carène craque Puis le sable trahit des pas vus autrefois.
La Reine, sur l’ivoire et l’argent de son thrône, Sculptée, enclose des douze agrafes d’or fin De son peplos, rêvant, hèle comme une aumône L’Absent au casque vif dont son vieux jeûne a faim.
Par la kithare emplis des torrents du kratère Et le ventre doublé de ventres de brebis, Les Prétendants, sur les toisons des mets, par terre, Ont des rires baveux plein leur trogne rubis.
Dans leur haleine d’ail coassent des grenouilles Et leur vie est aveugle aux Kèrs au doigt fatal Tandis que le brasier hérisse entre les rouilles Des armes des cloisons un réveil de métal.
Les Femmes-aux-bras-blancs, dans l’impouvoir du mâle, S’entrecueillent leur rose aux lueurs de leurs yeux Dans l’appartement clos où le paros très pâle Jalonne le logos négligeable des Dieux.
Dehors, la main tendue au chambranle de frêne, Un soleil de vengeance accroupi dans les nuits De ses hideurs d’emprunt, le Rêve de la Reine A l’air d’un tas de paille où pourrissent des fruits.