Versos French Sainte-Beuve À M…

French poem

À M…

by (1804–1869)

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Ô vous qui, lorsque seul et la tête baissée Je suivais mon chemin, Tout d’abord sur mon front avez lu ma pensée, Et m’avez pris la main ;

Dont l’amitié voudrait à mon âme souffrante Sauver le poids des maux, Et rattacher mes jours, comme une vigne errante, À de meilleurs rameaux ;

Soit que je lève enfin, soit que je courbe encore Ce triste front jauni, Que ma nuit continue ou que vienne l’aurore, Ami, soyez béni !

Déjà s’enfuit de vous l’âge ardent, où les rêves Sont des éclairs de feu ; Votre âme, comme un lac enfermé dans ses grèves, Réfléchit un ciel bleu ;

Un ciel profond et bleu, plus d’une blanche étoile Aux rayons pleins d’amour, Plus d’un monde inconnu, qui passe, et que nous voile Ce qu’on nomme le jour.

Vivez ! votre parole a des douceurs qu’on aime ; Parlez de vérité ; Sage, parlez longtemps de justice suprême, D’éternelle beauté !

Que savez-vous du Ciel ? que devient l’âme en peine Au sortir des bas lieux ? Enseignez lentement, calme et tout d’une haleine, Immense, harmonieux !

Car, sur une montagne à l’Hymette pareille, Dormant un jour, dit-on, Vous eûtes, tout enfant, le baiser d’une abeille, Comme autrefois Platon.