French poem
À une belle chasseresse
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Doux Vents d’automne, attiédissez l’amie ! Vaste Forêt, ouvre-lui tes rameaux ! Sous les grands bois la douleur endormie, En y rêvant, souvent calma ses maux. Aux maux plus doux tu fus hospitalière, Noble Forêt ! ici vint La Vallière ; Ici Diane, en ces règnes si beaux ; Et la charmille éclatait aux flambeaux. La chasse court, le cerf fuit, le cor sonne : Pour prolonger ce que l’ombre pardonne, Vous ménagiez le feuillage aux berceaux, Doux Vents d’automne.
Ô ma Beauté, n’y soupirez-vous pas ? Pourquoi ce cri vers le désert sauvage ? Sur son coursier la voila qui ravage Rocs et halliers, et franchit tous les pas. Cœur indompté, l’air des bois l’aiguillonne, L’odeur des pins l’enivre. Ah ! c’est assez ; Quand la forêt la va faire amazone, Soufflez sur elle et me l’attiédissez, Doux Vents d’automne.