French poem
« Chacun en sa beauté vante ce qui le touche »
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Chacun en sa beauté vante ce qui le touche ; L’amant voit des attraits où n’en voit point l’époux ; Mais que d’autres, narguant les sarcasmes jaloux, Vantent un poil follet au-dessus d’une bouche ;
D’autres, sur des seins blancs un point comme une mouche ; D’autres, des cils bien noirs à des yeux bleus bien doux, Ou sur un cou de lait des cheveux d’un blond roux ; Moi, j’aime en deux beaux yeux un sourire un peu louche :
C’est un rayon mouillé ; c’est un soleil dans l’eau, Qui nage au gré du vent dont frémit le bouleau ; C’est un reflet de lune aux rebords d’un nuage ;
C’est un pilote en mer, par un ciel obscurci, Qui s’égare, se trouble, et demande merci, Et voudrait quelque Dieu, protecteur du voyage.
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