French poem
Non, je n’ai point perdu
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Non, je n’ai point perdu mon année en ces lieux : Dans ce paisible exil mon âme s’est calmée ; Une Absente chérie, et toujours plus aimée, A seule, en les fixant, épuré tous mes feux.
Et tandis que des pleurs mouillaient mes tristes yeux, J’avais sous ma fenêtre, en avril embaumée, De pruniers blanchissants la plaine clair-semée : — Sans feuille, et rien que fleur, un verger gracieux !
J’avais vu bien des fois Mai, brillant de verdure, Mais Avril m’avait fui dans sa tendre peinture ; Non, ce temps de l’exil, je ne l’ai point perdu !
Car ici j’ai vécu fidèle dans l’absence, Amour ! et sans manquer au chagrin qui t’est dû, J’ai vu la fleur d’Avril et rappris l’innocence.