French poem
« Quand votre père octogénaire »
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Quand votre père octogénaire Apprend que vous viendrez visiter le manoir, Ce front tout blanchi qu’on vénère De plaisir a rougi, comme d’un jeune espoir.
Ses yeux, où pâlit la lumière, Ont ressaisi le jour dans un éclair vermeil, Et d’une larme à sa paupière L’étincelle allumée a doublé le soleil.
Il vous attend : triomphe et joie ! Des rameaux sous vos pas ! chaque marbre a sa fleur. Le parvis luit, le toit flamboie, Et rien ne dit assez la fête de son cœur.
Moi qui suis sans flambeaux de fête ; Moi qui n’ai point de fleurs, qui n’ai point de manoir, Et qui du seuil jusques au faîte N’ornerai jamais rien pour vous y recevoir ;
Qui n’ai point d’arbres pour leur dire Ce qu’il faut agiter dans leurs tremblants sommets, Ce qu’il faut taire ou qu’il faut bruire ; Chez qui, même en passant, vous ne viendrez jamais ;
Dans mon néant, ô ma Princesse, Oh ! du moins j’ai mon cœur, la plus haute des tours ; Votre idée y hante sans cesse ; Vous entrez, vous restez, vous y montez toujours.
Là, dans l’étroit et sûr espace, Vous monterez sans fin par l’infini degré ; Amie, et si vous êtes lasse. Plus haut, montant toujours, je vous y porterai.
More by Sainte-Beuve
- « Pour venger du passé la jalousie amère »
- « Printemps qui sitôt rachète »
- « Quand le Poëte en pleurs, à la main une lyre »
- « Quand l’avenir pour moi n’a pas une espérance »
- « Que de fois, près d’Oxford, en ce vallon charmant »
- « Que vient-elle me dire, aux plus tendres instants »
- « Quittant Pise et ses jeux, Alphée au flot d’argent »
- « Si je ne chante plus, n’en cherchez pas la cause »