French poem
« Printemps qui sitôt rachète »
by Sainte-Beuve (1804–1869)
.......... Printemps qui sitôt rachète Les mois perdus et les ans ! Fraîcheur facile et parfaite Au sortir des maux pesants ! Germes que la terre enfante, Désirs dont l’âme s’enchante, Après d’amères rigueurs ! Prompt oubli dans la vallée, Source en nous renouvelée, Rajeunissement des cœurs !
Hier la grêle et la tempête Sur nous roulaient en éclats ; Aujourd’hui nous avons fête Dans la plaine des lilas. La sève, un temps endormie, Partout monte, ô mon Amie, Et va féconder l’été. Tes pleurs coulent, même signe ; Comme les pleurs de la vigne, Ce n’est que luxe et beauté.
Combien tient-il de jeunesses Dans un seul cœur de mortel ? Combien de fois les promesses Nous font-elles arc-en-ciel ? Jusqu’à ce que l’ombre règne Et que la vieillesse éteigne Ces flambeaux qu’Amour ornait ; Jusqu’à ce que le mystère De la tombe nous enserre Sous le gazon qui renaît !
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