French poem
Sonnet à M. Justin Maurice
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Nous gravissions de nuit une route sévère, Une côte escarpée aux rochers les plus hauts ;
L’orage avait cessé ; chaque nue en lambeaux Flottait, laissant des jours où brillait quelque sphère.
Une raie un peu blanche au loin parut se faire : C’est l’aube, dit quelqu’un ; — et sur ces monts si beaux, Si beaux de ligne sombre, et pour moi si nouveaux, Je chantais en mon cœur : Voyons l’aube légère !
Mais, à peine à mon siège où j’étais remonté, Le sommeil du matin, pesant, précipité, Ferma de plomb mes yeux. — Quand déjà l’aube errante
Luit du bord éternel, ainsi l’autre sommeil, Le sommeil de la mort saisit l’âme espérante, Et nous nous réveillons au grand et plein soleil !