French poem
Sonnet à madame G
by Sainte-Beuve (1804–1869)
« Non, je ne suis pas gaie en mes fuites volages, Autant qu’on croirait bien, disait-elle en jouant ; Je sens aussi ma peine, et pleurerais souvent ; Mais c’est que dans l’esprit j’ai beaucoup de passages. »
Mot charmant qui la peint ! — Oui, de légers nuages Comme en chasse en avril une haleine de vent ; Des oiseaux de passage au toit d’un vieux couvent : Au front d’un blanc clocher, de blancs ramiers sauvages !
Ô jeune femme, oubli, joie, enfance et douceur, Puisse du moins la Vie, ainsi qu’un dur chasseur, Ne pas guetter sa proie à l’ombre où tu t’abrites, Ne traverser que tard le chaume de tes blés, Et, trouvant déjà haut les chantres envolés, N’ensanglanter jamais tes belles marguerites !