French poem
Le Nénufar
by Stanislas de Guaita (1861–1897)
La fleur palustre éclôt aux braises des étés, Toute blanche — pareille à l’ennui que notre âme Marie avec l’orgueil de ses satiétés, Lorsqu’elle est lasse enfin des cris de mélodrame Et du tréteau forain si cher aux révoltés !
Elle dort, indolente, et mate, et sans arôme ; Elle dort, calme, ainsi que l’eau calme qui dort. Pas un souffle dans l’air brûlant ; pas un accord ; La harpe des grands bois se tait. Des frissons d’or Vibrent seuls, ruisselant de l’azur monochrome.
— En tes veines se fige un suc fade et glacé, Nénufar ! Il guérit de l’éternelle fièvre Que l’Amour dans les plus nobles cœurs a versé : Sitôt que ta corolle effleure notre lèvre, La nourrice Vénus à tout jamais nous sèvre…
C’est pourquoi je te hais, Nénufar !… — Nénufar, Sois maudit des amants, maudit des amoureuses ! Ainsi qu’une Phryné la lèpre sous son fard, Tu caches sous ton teint, ô bellâtre blafard, L’incurable langueur des âmes douloureuses !