Versos French Stéphane Mallarmé Béguinage flamand

French poem

Béguinage flamand

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Au loin, le Béguinage avec ses clochers noirs, Avec son rouge enclos, ses toits d’ardoises bleues Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs, S’étend dans la verdure et la paix des banlieues.

Les pignons dentelés étagent leurs gradins Par où monte le Rêve aux lointains qui brunissent, Et des branches parfois, sur le mur des jardins, Ont le geste très doux des prêtres qui bénissent.

En fines lettres d’or chaque nom des couvents Sur les portes s’enroule autour des banderolles, Noms charmants chuchotés par la lèvre des vents : La maison de l’Amour, la maison des Corolles.

Les fenêtres surtout sont comme des autels Où fleurissent toujours des géraniums roses, Qui mettent, combinant leurs couleurs de pastels, Comme un rêve de fleurs dans les fenêtres closes.

Fenêtres des couvents ! attirantes le soir Avec leurs rideaux blancs, voiles de mariées Qu’on voudrait soulever dans un bruit d’encensoir Pour goûter vos baisers, lèvres appariées !

Mais ces femmes sont là, le cœur pacifié, La chair morte, cousant dans l’exil de leurs chambres ; Elles n’aiment que toi, pâle Crucifié, Et regardent le ciel par les trous de tes membres !

Oh ! le silence heureux de l’ouvroir aux grands murs, Où l’on entend à peine un bruit de banc qui bouge, Tandis qu’elles sont là, suivant de leurs yeux purs Le sable en ruisseaux blonds sur le pavement rouge.

Oh ! le bonheur muet des vierges s’assemblant ! Et comme si leurs mains étaient de candeur telle Qu’elles ne peuvent plus manier que du blanc, Elles brodent du linge ou font de la dentelle.

C’est un charme infini de leur dire « ma sœur » Et de voir la pâleur de leur teint diaphane Avec un pointillé de taches de rousseur Comme un camélia d’un blanc mat qui se fane.

Rien d’impur n’a flétri leurs flancs immaculés, Car la source de vie est enfermée en elles Comme un vin rare et doux dans des vases scellés Qui veulent, pour s’ouvrir, des lèvres éternelles !

II