French poem
Aventure
by Stuart Merrill (1863–1915)
Sur son vaisseau que bosselle l’or, Le prince à la chevelure blonde, Ayant passé les portes du monde, Part à la conquête du trésor.
Les voiles de lin s’enflent au vent Qui souffle de la bouche des anges. Les rames, loin du fleuve et des fanges, Battent les flots sous le jour levant.
Voici que les trompettes d’argent Éclatent sous le dais de la poupe D’où le Prince lance au loin sa coupe Comme offrande à l’Océan changeant.
L’étendard de roses et de lys Lourdement se déferle à la proue Où l’hippocampe sculpté s’ébroue Comme révolté contre jadis.
Et les marins riant au zéphyr Qui leur fait oublier les tempêtes, Chantent les pays bleus où les bêtes À l’aube ouvrent des yeux de saphyr.
Seul le Prince qui par le secret Des vents, des étoiles et des lames Sait que sa main secouera les flammes Sur les villes de l’ancien regret,
Déplore le renaissant espoir De ses suivants dont, au creux des combes, Nulle croix ne marquera les tombes Éparses sous les soleils du soir.