French poem
Le Pèlerin
by Stuart Merrill (1863–1915)
Voici cette ombre au bord du sentier de soleil Et le clapotis d’or d’un ruisseau sous les saules, Ô pèlerin de deuil qu’ont apâli les geôles Du barbare et maigri les marches sans sommeil.
Trêve à ton vain voyage ! Ici rira l’éveil De la naïade au vert des roseaux que tu frôles, Et tu sauras ravir, pâmé sur ses épaules, La rose des baisers à son rêve vermeil.
Mais redressant d’un geste ascétique ton torse, Et les larmes aux yeux, et l’âme, hélas ! sans force, Tu tournes tes pas las, là-bas, vers le manoir.
Car, tonnerre de bronze en le silence agreste, Sonne, des tours du bourg ravagé par la peste, Le bourdon qui te somme à quel noir désespoir !