French poem
Devant un Portrait
Des fluides moments nul ne voit le passage, Et le printemps des jours s’éteint comme il est né ; C’est insensiblement, sur le fleuve de l’âge, Qu’à la froide vieillesse un homme est entraîné.
Mais je me saurai vieux quand cette chère image Ne me retiendra plus à sa grâce enchaîné, Et ne recevra plus ce douloureux hommage D’un sentiment stérile à survivre obstiné :
Ah ! ce jour-là, mon âme aura perdu son aile, Mon cœur son sang, mes nerfs leur vie et leur ressort ; Je ne serai plus moi, n’existant plus pour elle.
À quelque homme nouveau j’aurai vendu mon sort, Ma figure et mon nom, la cendre et l’étincelle, Et je serai bien vieux, si je ne suis pas mort !