Versos French Sully Prudhomme Ii

French poem

Ii

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Ainsi mon orgueil dissimule Les défaillances de ma foi, Mais je sens bientôt un scrupule Qui s'élève et murmure en moi:

Mon fier désespoir n'est peut-être Qu'une excuse à ne point agir, Et comme au fond je me sens traître, Un prétexte à n'en point rougir,

Un dédain paresseux qui ruse Avec la rigueur du devoir, Et de l'idéal même abuse Pour me dispenser de vouloir.

Parce que la terre est bornée, N'y faut-il voir qu'une prison, Et faillir à la destinée Qu'embrasse et clôt son horizon?

Parce que l'amour perpétue La vie et ses âpres combats, Vaudra-t-il mieux qu'Adam se tue Et qu'Athènes n'existe pas?

Parce que la science est brève Et le mystère illimité, Faut-il lui préférer le rêve Ou la complète cécité?

Parce que la guerre nous lasse, Faut-il par mépris des plus forts, Tendant la gorge au coup de grâce, Leur fumer nos champs de nos corps?

Parce que la force nombreuse Appelle droit son bon plaisir, Songe creux le savoir qui creuse, Et l'art qui plane: vain loisir,

Faut-il laisser cette sauvage Brûler les oeuvres des neuf Soeurs Pour venger l'antique esclavage Nourricier des premiers penseurs!

Ah! faut-il que de la justice, Et de l'amour, désespérant, Le coeur déçu se rapetisse Dans un exil indifférent?

Non, toute la phalange auguste Des créateurs, doit pour ses dieux, Qui sont le vrai, le beau, le juste, Combattre en dessillant les yeux,

Et du temple où chaque âge apporte Le fruit sacré de ses efforts, Ouvrir à deux battants la porte, En défendre à mort les trésors!