Versos French Théodore de Banville L’Extase

French poem

L’Extase

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Vois, ma Thaïs, cette vigne amoureuse Se marier à ce jeune arbrisseau ; Vois le lierre embrasser l’ormeau De sa guirlande tortueuse. Puissent tes bras voluptueux Me serrer, m’enchaîner de même ! Puissé-je par autant de noeuds, T’enlacer, te presser, te ceindre de mes feux,

Me replier cent fois autour de ce que j’aime, Et puissions-nous enfin nous reposer tous deux Dans l’extase du bien suprême, Et ce calme enflammé connu des vrais heureux !… Alors, ô ma Thaïs, ni les coupes riantes, Où la gaîté pétille en bachiques vapeurs, Ni la pompe des rangs, ni l’éclat des grandeurs, Ne me détacheroient de tes lèvres ardentes. Anéantis à force de sentir, L’œil humide et chargé d’ivresse ; Arrivés à cette foiblesse, Le dernier degré du plaisir… La même barque au noir rivage Porteroit sans effort deux amans éperdus, Et nous y serions descendus, Avant d’avoir soupçonné le passage.