French poem
Amertume
by Théodore Weustenraad (1805–1849)
Tout arbuste a son ver.
Aimez ! — Sous un ciel pur la vierge vient d’éclore. — Mais qu’un léger nuage éclate sur son cœur, Adieu le noble lys si splendide à l’aurore ! Vous trouverez, le soir, un grelon dans la fleur.
Croyez ! — Vivez des fruits de l’arbre Évangélique. — Mais la vigne du Christ a perdu son raisin ; Écrasé sous le poids du pressoir monastique, Il n’offre à notre soif que la mousse du vin.
Pensez ! — Sondez la vie et ses obscurs mystères. — Mais du gouffre sans fond, plongeur désespéré, Vous reviendrez, les pieds enlacés de vipères, Les mains pleines de fange et le front égaré.
Rêvez ! — Élevez-vous aux voûtes immortelles. — Mais d’un buisson voisin s’élance, vole et part Un insecte inconnu qui s’attache à vos ailes, Et ternit leur azur du venin de son dard.
Agissez ! — Bâtissez, épuisez des carrières. — Mais avant que votre œuvre ait pu s’épanouir, Vous tomberez, un jour, écrasé sous les pierres Du temple ou du palais promis à l’avenir !