Versos French Théodore Weustenraad Mœurs

French poem

Mœurs

by (1805–1849)

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Tel est le train du monde.

Qu’une pauvre orpheline errante par la ville, Sans refuge, sans pain, les pieds sanglants et nus, Un soir, contre la mort cherche un dernier asile À l’ombre des autels d’une impure Vénus, Tout à coup, à grand bruit, un sombre voile tombe Entre l’infortunée et le monde en courroux, Et le mépris la suit jusqu’au bord de sa tombe Où nul ne plîra les genoux ;

Mais la fille d’un Grand, qui, sous l’œil de sa mère, Vend son âme et son corps par un honteux contrat, À la lubricité d’un vil sexagénaire Qu’un coup de sang, prévu, vient tuer sans éclat ; La femme de haut rang dont le lit adultère Déborde, nuit et jour, d’ignobles passions, Qui déposent souvent leur scandaleux mystère Au seuil indigné des prisons ;

Oh ! celles-là du moins sont toujours bienvenues ! Le monde leur sourit du haut de ses grandeurs ; Partout, aux jeux publics, aux salons, dans les rues, S’incline à leur aspect un peuple de flatteurs ; La mode aux doigts dorés s’épuise en artifices Pour complaire à leur goût et parer leur beauté, Et l’Art lui-même encense et célèbre leurs vices, Sans rougir de sa lâcheté !