Versos French Théophile Gautier Dernier Voeu

French poem

Dernier Voeu

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Voilà longtemps que je vous aime: --L'aveu remonte à dix-huit ans!-- Vous êtes rose, je suis blême, J'ai les hivers, vous les printemps.

Des lilas blancs de cimetière Près de mes tempes ont fleuri; J'aurai bientôt la touffe entière Pour ombrager mon front flétri.

Mon soleil pâli qui décline Va disparaître à l'horizon, Et sur la funèbre colline Je vois ma dernière maison.

Oh! que de votre lèvre il tombe Sur ma lèvre un tardif baiser, Pour que je puisse dans ma tombe, Le coeur tranquille, reposer!

PLAINTIVE TOURTERELLE

Plaintive tourterelle, Qui roucoules toujours, Veux-tu prêter ton aile Pour servir mes amours!

Comme toi, pauvre amante, Bien loin de mon ramier, Je pleure et me lamente Sans pouvoir l'oublier.

Vole et que ton pied rose Sur l'arbre ou sur la tour Jamais ne se repose, Car je languis d'amour.

Évite, ô ma colombe, La halte des palmiers Et tous les toits où tombe La neige des ramiers.

Va droit sur sa fenêtre, Près du palais du roi, Donne-lui cette lettre Et deux baisers pour moi.

Puis sur mon sein en flamme Qui ne peut s'apaiser, Reviens, avec son âme, Reviens te reposer.

LA BONNE SOIRÉE

Quel temps de chien!--il pleut, il neige Les cochers, transis sur leur siège, Ont le nez bleu. Par ce vilain soir de décembre, Qu'il ferait bon garder la chambre, Devant son feu!

A l'angle de la cheminée La chauffeuse capitonnée Vous tend les bras Et semble avec une caresse Vous dire comme une maîtresse: «Tu resteras!»

Un papier rose à découpures, Comme un sein blanc sous des guipures, Voile à demi Le globe laiteux de la lampe Dont le reflet au plafond rampe, Tout endormi.

On n'entend rien dans le silence Que le pendule qui balance Son disque d'or, Et que le vent qui pleure et rôde, Parcourant, pour entrer en fraude, Le corridor.

C'est bal à l'ambassade anglaise; Mon habit noir est sur la chaise, Les bras ballants; Mon gilet bâille et ma chemise Semble dresser, pour être mise, Ses poignets blancs.

Les brodequins à pointe étroite Montrent leur vernis qui miroite, Au feu placés; A côté des minces cravates S'allongent comme des mains plates Les gants glacés.

Il faut sortir!--quelle corvée! Prendre la file à l'arrivée Et suivre au pas Les coupés des beautés altières Portant blasons sur leurs portières Et leurs appas.

Rester debout contre une porte A voir se ruer la cohorte Des invités; Les vieux museaux, les frais visages, Les fracs en coeur et les corsages Décolletés;

Les dos où fleurit la pustule, Couvrant leur peau rouge d'un tulle Aérien; Les dandys et les diplomates, Sur leurs faces à teintes mates, Ne montrant rien.

Et ne pouvoir franchir la haie Des douairières aux yeux d'orfraie Ou de vautour, Pour aller dire à son oreille Petite, nacrée et vermeille, Un mot d'amour!

Je n'irai pas!--et ferai mettre Dans son bouquet un bout de lettre, A l'Opéra. Par les violettes de Parme, La mauvaise humeur se désarme: Elle viendra!

J'ai là l'Intermezzo de Heine, Le Thomas Grain-d'orge de Taine, Les deux Goncourt, Le temps, jusqu'à l'heure où s'achève Sur l'oreiller l'idée en rêve, Me sera court.