Versos French Tristan Corbière Au vieux Roscoff

French poem

Au vieux Roscoff

by (1845–1875)

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Trou de flibustiers, vieux nid À corsaires ! — dans la tourmente, Dors ton bon somme de granit Sur tes caves que le flot hante…

Ronfle à la mer, ronfle à la brise ; Ta corne dans la brume grise, Ton pied marin dans les brisans… — Dors : tu peux fermer ton œil borgne Ouvert sur le large, et qui lorgne Les Anglais, depuis trois cents ans.

— Dors, vieille coque bien ancrée ; Les margats et les cormorans Tes grands poètes d’ouragans Viendront chanter à la marée…

— Dors, vieille fille-à-matelots ; Plus ne te soûleront ces flots Qui te faisaient une ceinture Dorée, aux nuits rouges de vin, De sang, de feu ! — Dors… Sur ton sein L’or ne fondra plus en friture.

— Où sont les noms de tes amants… — La mer et la gloire étaient folles ! — Noms de lascars ! noms de géants ! Crachés des gueules d’espingoles…

Où battaient-ils, ces pavillons, Écharpant ton ciel en haillons !… — Dors au ciel de plomb sur tes dunes… Dors : plus ne viendront ricocher Les boulets morts, sur ton clocher Criblé — comme un prunier — de prunes…

— Dors : sous les noires cheminées, Écoute rêver tes enfants, Mousses de quatre-vingt-dix ans, Épaves des belles années…

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Il dort ton bon canon de fer, À plat-ventre aussi dans sa souille, Grêlé par les lunes d’hyver… Il dort son lourd sommeil de rouille. — Va : ronfle au vent, vieux ronfleur, Tiens toujours ta gueule enragée Braquée à l’Anglais !… et chargée De maigre jonc-marin en fleur