French poem
Dans la froideur de l’aube hivernale, il bruine
by Tristan Derème (1889–1941)
Dans la froideur de l’aube hivernale, il bruine Sur les palais branlants et les murs en ruine ; L’église où s’unissaient les myrrhes et les chants Croule ; sur les degrés pousse l’herbe des champs ; Et les toits éventrés par les quartiers de roche S’effondrent ; le lierre aux gargouilles s’accroche.
Dans la ville déserte, aux lueurs des flambeaux, Je pénètre et fouillant les caves, les tombeaux, De l’aube au crépuscule et du soir à l’aurore, Éperdu, je me mêle au passé que j’adore, Et voici des miroirs, des perles, des colliers, Des anneaux précieux à tes doigts familiers, Et des lis trépassés dont tu respiras l’âme. Et mon cœur de tristesse et de douleur se pâme En évoquant, parmi ces décombres, tes yeux !
Ah ! laisse-moi verser des pleurs silencieux.
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