French poem
Fumerai-je au soir de ma vie
by Tristan Derème (1889–1941)
Fumerai-je au soir de ma vie Une pipe en bois de laurier ? Nous voilà vieux, ma pauvre amie, J’ai eu vingt ans en février.
Nous avons vu bien des feuillages, Des lacs, des golfes, la clarté Du songe, et de tous nos voyages, Hélas ! qu’avons-nous rapporté ?
Et tout cela n’est pas peu triste, Mais dans l’ombre où nous nous plaignons, Enfin l’ironie oculiste Ouvre boutique de lorgnons.
Des lièvres dansent aux pelouses, Et dans ma chambre mon espoir. Maintenant j’attends que tu couses Une rose à ton jupon noir,
Et que le rire ensevelisse, Sous des guirlandes de clarté, Notre rêve, ce vieil Ulysse Que les sirènes ont tenté.
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