French poem
Je revis doucement d’anciennes pensées
by Tristan Derème (1889–1941)
Je revis doucement d’anciennes pensées, Et leur frêle pâleur d’estampes effacées, Ravivant les douleurs graves du souvenir, Fait encore mon rêve à ton rêve s’unir. Tendres comme des fleurs, légers comme des plumes, Voici passer tous les plaisirs que nous élûmes ; Et mon cœur pénétré de leur triste parfum Pleure les jours enfuis et le charme défunt. Ah ! que l’heure de joie et de bonheur renaisse, Dans la lumière, aux bleus décors de ma jeunesse, Où je dansais… Amour, et l’azur du matin Accueillait les oiseaux des songes ! — Le jardin Dans le silence étend ses désertes allées, Et la rouille s’attaque aux vasques ciselées, Hélas ! — Et j’appartiens au passé radieux, À ces jours, à ces nuits qu’éclairaient tes beaux yeux, Où mon cœur ignorant des tristesses moroses Était doux et léger comme un parfum de roses.
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