French poem
Les Louanges du vert
by Tristan L’Hermite (1601–1655)
IE veux esleuer iusqu’aux Cieux Vn Obiect qui plaist aux beaux yeux Que les miens trouuent adorbales : Et monstrer auecque raison Qu’entre les couleurs agreables Le vert est sans comparaison.
Lors que le Monde fut produit La premiere fois que la Nuit Quitta sa place à la lumiere ; Entre mille rares beautez Le vert fut la couleur premiere Dont les yeux furent enchantez.
Le vert est l’ame des desirs, Et l’auant-coureur des plaisirs Que le doux Printemps nous apporte Lors que la Terre est en dueil, Lors que la Terre paroist morte Le vert la tire du cercueil.
C'est le simbole de l'espoir, Dont la puissance nous fait voir Le beau temps au fort de l'orage : Et par qui nous sommes flattez, Quand nous portons nostre courage À vaincre des difficultez.
Amour y trouue tant d'attraits Qu'il en esmaille tous les traits Dont il blesse les belles Ames : Et croit que sans ceste couleur La violence de ses flames N'auroit ny plaisir ny douleur.
La belle Iris se faisant voir Du costé qu'il vient à pleuuoir Durant les Saisons les plus chaudes, Doit son plus aimable ornement Au vert esclat des Esmeraudes Qui brillent en son vestement.
Le vert par ses rares vertus Releue les cœurs abbatus, Et resioüit les yeux malades ; Oubliant mille appas diuers, La plus charmante des Nayades Se vante d'auoir les yeux vers.
La Rose la Reine des fleurs, Sur qui l'Aurore espand des pleurs De ialousie & de colere : En naissant sur vn arbrisseau N'auroit pas la grace de plaire Si le vert n'estoit son berceau.
Au iugement des bons esprits, Le vert emportera le prix Sur les couleurs les plus nouuelles. Ce qu'est la Rose entre les fleurs, Ce qu'est Philis entre les Belles, Le vert l'est entre les couleurs.