Versos French Victor de Laprade Nos morts nous aident

French poem

Nos morts nous aident

by (1812–1883)

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L’homme n’est jamais seul dans sa peine ou sa joie : Des témoins, des amis, sont là, sans qu’il les voie ; Un regard attentif nous observe en tout lieu : Le regard de nos morts après celui de Dieu. Vivons avec nos morts, et prenons-les pour juges ; Ayons-les chaque soir pour conseils, pour refuges ; Sachons que nos combats sont livrés sous leurs yeux, Qu’un secours éternel nous vient de nos aïeux, Et qu’à travers les temps chaque effort méritoire Établit d’eux à nous un partage de gloire. Non, la mort ne rompt pas pour le père et l’enfant Le commerce du faible avec le triomphant ; Ils peuvent s’entr’aider vaillamment l’un et l’autre, Et les mondes meilleurs touchent encore au nôtre.

J’assisterai d’en haut à vos moindres soucis, Au nom de votre père ils seront adoucis ; Et, grâce à vous, le Dieu qu’on prie et qui pardonne, Chers petits, me rendra plus que je ne vous donne.

Ayez dans votre cœur, ayez vos morts présents ; Les pleurs qu’on donne aux morts sont des pleurs bienfaisants Gardez-moi bien, amis, ma place tout entière, Et ma si douce part d’amour et de prière, Et cet autel secret chaque soir rallumé… Ainsi que je les garde à l’aïeul tant aimé. Heureux qui vit dans l’ombre, à ses tombeaux fidèle, Et trouvant chez ses morts son guide et son modèle ; Une chaîne d’aïeux, c’est une chaîne d’or Qui s’enlace à nos flancs et nous dirige encor, Et par qui, sans broncher, soutenus à la taille, Nous marchons droits et forts à travers la bataille ; Par qui l’on prend au ciel un invincible appui, Par qui Dieu nous soulève et nous attire en lui.