French poem
Petit Docteur
by Victor de Laprade (1812–1883)
Cher petit, tu m’as dit souvent Que tu voudrais, pour me complaire, Devenir un docteur savant Et bon, comme le bon grand-père.
Tu voudrais, fidèle aux aïeux, Marcher droit sur leur humble route… Et j’ai des larmes dans les yeux, Mon bien-aimé, quand je t’écoute.
Je tressaille, à ce doux espoir, De joie et d’orgueil tout ensemble, En songeant que je puis avoir, Mon père ! un fils qui vous ressemble.
Tu passeras donc tes beaux jours À te préparer en silence, Libre des vulgaires amours, Par l’étude à la bienfaisance.
La science nous tient rigueur, Il faudra percer ses mystères ; Mais tu sais déjà, dans ton cœur, Que les malheureux sont tes frères.
Prêt à les servir, en tout lieu Tu partageras leurs alarmes, Et chez les pauvres du bon Dieu Tu sécheras beaucoup de larmes.
Le bon grand-père a fait ainsi. Toi, tu l’imiteras sans cesse, N’ayant pas le moindre souci Des honneurs et de la richesse.
Peut-être il te faudra souffrir, Brisant ou ta lyre ou ta plume ; Mais il est plus beau de guérir Que d’imprimer un gros volume.
Cher enfant, ne regrette rien ! Le renom, l’éloge illusoire… Tu vivras en faisant du bien : Va ! c’est la plus solide gloire.