French poem
Iii
by Victor Hugo
Elle prie, et la mauve au cri rauque et moqueur L'importune, et, parmi les écueils en décombres, L'océan l'épouvante, et toutes sortes d'ombres Passent dans son esprit, la mer, les matelots Emportés à travers la colère des flots. Et dans sa gaîne, ainsi que le sang dans l'artère, La froide horloge bat, jetant dans le mystère, Goutte à goutte, le temps, saisons, printemps, hivers; Et chaque battement, dans l'énorme univers, Ouvre aux âmes, essaims d'autours et de colombes, D'un côté les berceaux et de l'autre les tombes.
Elle songe, elle rêve,--et tant de pauvreté! Ses petits vont pieds nus l'hiver comme l'été. Pas de pain de froment. On mange du pain d'orge. --O Dieu! le vent rugit comme un soufflet de forge, La côte fait le bruit d'une enclume, on croit voir Les constellations fuir dans l'ouragan noir Comme les tourbillons d'étincelles de l'âtre. C'est l'heure où, gai danseur, minuit rit et folâtre Sous le loup de satin qu'illuminent ses yeux, Et c'est l'heure où minuit, brigand mystérieux, Voilé d'ombre et de pluie et le front dans la bise, Prend un pauvre marin frissonnant et le brise Aux rochers monstrueux apparus brusquement.-- Horreur! l'homme dont l'onde éteint le hurlement, Sent fondre et s'enfoncer le bâtiment qui plonge; Il sent s'ouvrir sous lui l'ombre et l'abîme, et songe Au vieil anneau de fer du quai plein de soleil!
Ces mornes visions troublent son cœur, pareil A la nuit. Elle tremble et pleure.